La force d’un témoignage devenu livre

Je vous ai déjà parlé de mon travail sur le premier mémoire de Michel Périllat (ici), réalisé dans le cadre de son Master 1…
Le temps file à une vitesse ! Deux ans plus tard, son mémoire de Master 2 voyait le jour, et notre collaboration s’est révélée tout aussi riche et fructueuse.
Ses directeurs de mémoire ont salué la qualité du fond, mais aussi celle de la forme, dont j’avais la responsabilité. Michel dispose désormais de toutes les compétences nécessaires pour poursuivre ses recherches en tant qu’historien.

Début 2024, il me contacte à nouveau pour me parler de son nouveau projet. Albert, le grand-père maternel de son fils, souhaite témoigner de son histoire pendant la seconde guerre mondiale.

En 1942, Albert n’avait que 7 ans. Juif, il a été caché avec son frère dans un village du Loiret. À la suite d’une dénonciation, ils ont été internés au camp de Beaune-la-Rolande avec leur mère, Laja, qui parvient à les faire sortir avant sa déportation. Elle sera ensuite envoyée à Auschwitz-Birkenau, dont elle reviendra après la libération. Leur père, arrêté plus tôt, y sera assassiné.

À l’approche de ses 90 ans, et après avoir assez peu parlé de son passé, Albert a ressenti le besoin de transmettre son histoire à ses filles, à ses nièces et à ses petits-enfants.

Albert, interrogé par Michel, aux côtés de sa femme Angèle.

Michel a alors entrepris de recueillir son témoignage. Le projet s’est construit autour de la retranscription de ses paroles, enrichie d’un important travail de recherche historique : contextualisation, archives, croisements de sources, apports de témoins… Un sujet à la fois passionnant, bouleversant, et essentiel.

Le résultat : un ouvrage de près de 300 pages, riche en documents et en photographies, où la mémoire individuelle rencontre la rigueur historique.

Comme toujours, notre collaboration a été un véritable plaisir. Les nombreux allers-retours de relecture ont nourri le texte en profondeur. Michel s’est montré particulièrement attentif à mes remarques et à mes questionnements, avec une volonté constante d’aller plus loin, d’affiner, de préciser.

Le travail final a été salué par les archivistes ayant accompagné Michel dans ses recherches. L’exigence scientifique, la précision des sources et le soin apporté à la mise en page font de cet ouvrage un document précieux. Ce type de projet, mêlant exigence éditoriale et mise en forme soignée, est au cœur de mon travail : accompagner des contenus forts pour leur donner toute leur portée.

Albert a reçu les premiers exemplaires avec une grande émotion. J’ai eu la chance d’être présente lorsqu’il en a offert à ses proches, lors des commémorations de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, lieux de transit de ses parents avant la déportation vers la Pologne, le 18 mai 2025. C’est à cette occasion que je l’ai rencontré.

Très touché par le travail accompli, Albert nous a offert, à Michel et à moi, la possibilité de participer à un voyage de mémoire à Auschwitz, organisé par le Mémorial de la Shoah. Un rendez-vous qui a eu lieu le 22 mars 2026 avec une partie de ses enfants et ses petits-enfants, et qui a prolongé encore ce travail de transmission.

Le Livre des Noms à Auschwitz.
La famille cherche celui de Nachman Zylberman, le père d’Albert.
Le Livre des Noms répertorie les noms d’une grande partie des victimes de la Shoah, ainsi que leurs dates de naissance, villes natales et lieux de décès, s’ils sont connus.
Les informations sont imprimées sur des pages mesurant deux mètres de haut et un mètre de large, et éclairées par un faisceau de lumière. Les dernières pages du livre sont vierges, symbolisant les noms qui doivent encore être collectés, documentés et commémorés, et qui ne le seront peut-être jamais.

Travailler avec Michel est pour moi une expérience précieuse. Professeur d’arts plastiques durant mes années de lycée, il a été une figure importante de mon parcours artistique. Notre amitié qui a pris de l’ampleur depuis 20 ans, rend aujourd’hui nos échanges particulièrement fluides, riches et sincères.

Avec Michel, devant l’école où Albert et son frère ont été photographié en 1944-45.
Cette photographie est sur la première de couverture de l’ouvrage.

Et l’histoire ne s’arrête pas là. De nouveaux témoignages ont émergé à la suite des premières lectures, ouvrant déjà de nouvelles pistes de recherche pour combler les zones d’ombre de cette histoire familiale.

Si vous portez un projet de transmission, de témoignage ou de recherche, je serai ravie de vous accompagner pour lui donner une forme juste et fidèle.

Une réponse sur “”

  1. Sublime ta newsletter qui nous explique très bien vos échanges, les parcours, le fond, la forme, et qui valorise également tout ce beau travail que tu effectues avec ceux que tu accompagnes dans leurs beaux projets. J’ai adoré la lire ✨

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